Banque mondiale : Alep est la clé de la vie et le cœur de l’économie

Par Nesrine Zreik

« Alep, le pétrole et le gaz sont les clés de l’économie syrienne ». Telle est la conclusion la plus importante qui peut être tirée à l’examen d’un rapport de la Banque mondiale  publié en avril dernier. Le rapport intitulé « Syrie, Perspectives économiques,  automne 2016″ était fondé sur un rapport précédent, publié en mars 2016, intitulé « Évaluation des dommages et des besoins ». Il convient de noter que cette évaluation a limité son intérêt à six villes (centres de gouvernorats) : Alep, Hama, Homs, Idlib, Deraa, Lattaquié. Les dommages causés aux six villes ont été estimés entre 5,9 milliards de dollars et 7 milliards de dollars, et ce sont des dommages économiques qui ont touché des entreprises ou structures productrices de richesse et du produit intérieur brut syrien. Ce dernier reflète initialement la prospérité de la population syrienne, outre les revenus des secteurs gouvernementaux et la balance commerciale. Selon le rapport, l’Association de la Croix-Rouge a évalué les dommages économiques affectant le niveau de vie et les richesses  (et non les dommages immobiliers et structurels et des infrastructures) à environ 75 milliards de dollars. Le rapport note que  » les Nations Unies estiment que la reconstruction de l’économie syrienne nécessite des investissements et des projets allant de 100 milliards de dollars à 200 milliards de dollars « . Ce qui est nouveau, c’est qu’il s’agit désormais de « reconstruire l’économie syrienne » plutôt que de « reconstruire la Syrie », et la différence est radicale. L’accent mis sur la « reconstruction économique » cible directement les industriels d’Alep en particulier, ainsi que l’agriculture à Hama et Lattaquié, l’activité portuaire et la revitalisation du commerce et de l’industrie dans les six villes.

Il n’est pas surprenant que Damas ait été écartée de l’idée de la « reconstruction économique » en raison d’orientations gouvernementales claires, dont la plus récente est la transformation de la « zone industrielle du Qaboun » en zone résidentielle. Il semble y avoir un consensus « conceptuel » pour que la reconstruction de la capitale soit prioritairement son urbanisation, et cela ne construit pas une économie ou un produit local, ni même ne participe à reconstruire la société elle-même ni les richesses perdues. Fournir un soutien économique aux six villes semble garantir la génération d’un PIB créateur de richesse pour les individus, l’accent n’étant pas mis sur la construction à grande échelle de logements auxquels 82% de la population (sous le seuil de pauvreté) ne peuvent accéder. Le rapport de la Banque a indiqué des pourcentages démontrant l’effondrement de l’agriculture, qui a connu les pires conditions en 2013, avec un taux de croissance négatif de -35%, puis qui s’est progressivement redressée à partir de 2015 et a atteint un taux de croissance positif de 7,7% en 2016 (suite à des interactions qualificatives en premier lieu).

Sur le plan industriel, la Banque s’est concentrée sur Alep qualifiée de « clé de la vie et le cœur de l’économie ». Le secteur industriel a atteint son niveau le plus bas en 2015, sa part au PIB chutant à -27%. Cette année-là, le conflit à Alep a atteint son apogée, ébranlant les structures de l’ensemble de l’économie. Il est aisé de comprendre à partir de ces données qu’un tiers de l’économie industrielle était exclusivement aleppin. En raison de la détérioration du taux de change et du boycott économique, outre le conflit à Alep, l’inflation a atteint un pic de 48% en 2015, le taux d’inflation le plus élevé de l’histoire de la Syrie (l’inflation est maintenant tombée à environ 30%). En 2015, les recettes économiques syriennes les plus faibles (dans les secteurs public et privé) ont également été enregistrées. C’est aussi l’année où le budget et les dépenses totales étaient les plus bas par rapport au taux de change qui a connu son plus grand séisme durant cette période. La balance commerciale, excédentaire de 20 milliards de dollars en 2010, a atteint son niveau le plus bas en 2015, avec un plafond de 1,1 milliard de dollars. La banque note que l’écroulement des exportations a commencé en 2011 en raison du boycott économique, mais celles-ci ont recommencé  à s’améliorer en 2015, avec toutefois un très faible pourcentage, car Alep et le pétrole sont restés « hors service ». Le pétrole a rapporté  4,7 milliards de dollars à la Syrie selon les cours du pétrole en 2010 et ses revenus ont chuté à 140 millions de dollars. En 2015, la majeure partie de sa production échappait au contrôle de l’État syrien. La reprise de l’activité exportatrice s’est fait grâce au secteur agricole, qui a commencé en 2015 à surmonter sa grande débâcle.

Ainsi, lorsque l’industrie s’est effondrée à Alep, tout a été affecté : taux de change, taux d’inflation, taille du budget, revenus  économiques. Que signifie tout cela ? Faut-il un effort cérébral exceptionnel pour tirer les conclusions ? Est-il difficile de reconnaître que la « reconstruction économique » ne peut commencer qu’à Alep ? Qu’est-ce qui empêche la prise de mesures exceptionnelles et sérieuses pour soutenir « le nerf de l’économie nationale » et son cœur aleppin ? Plus important encore, la Syrie a-t-elle besoin de gratte-ciel et d’un peuple pauvre ? Ou a-t-elle besoin d’un peuple, avec une économie forte, capable de créer des gratte-ciel et d’y acquérir quelques mètres ?

Article en arabe : https://al-akhbar.com/Syria/255458

Photo: Syrie: ravagé par la guerre, un marché d’Alep retrouve des couleurs

traduit par Rania Tahar

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